M. le président, Madame la dir. gén., cher.e.s membres du Conseil d’administration de l’AEFE,
Primo-élue de ce Conseil d’administration, j’exprimais, lors de ma toute première intervention il y a plus d’un an maintenant, avec force et conviction mon engagement à défendre les valeurs humanistes que les professionnels transmettent à nos enfants dans le cadre des établissements du Réseau. Aujourd’hui, je souhaite en particuliers faire résonner l’importance de l’école inclusive.
Fin d’année scolaire pour le rythme Sud, alors que les établissements du rythme Nord arrivent en milieu d’année scolaire, je me fais l’écho des préoccupations exprimées tant par nos collègues élu.e.s Conseillères et Conseillers des FE, que par les collectifs de parents d’élèves, de Rio de Janeiro à Moscou, en passant par Londres, pour ne citer que quelques villes. Ces témoignages mettent en lumière les enjeux majeurs auxquels se confronte le Réseau AEFE en matière d’inclusion.
De nombreux parents d’enfants à besoins spécifiques décrivent la scolarisation de leurs enfants comme un véritable « parcours du combattant » :
“Lors de l’inscription, on nous promet monts et merveilles, mais la réalité se traduit par une année éprouvante, marquée par des réunions à répétition où nos véritables besoins semblent être mis de côté. Nous sommes confrontés à des récriminations incessantes sur le comportement de notre enfant.”
Ils rapportent également des propos tenus par des enseignants, des dir. d’école ou des proviseurs :
“Votre enfant présente un comportement inacceptable ; c’est un enfant problématique.”
“Votre enfant perturbe l’environnement scolaire.”
“Votre enfant est un élément perturbateur et nous ne souhaitons pas qu’il participe à la fête de la famille pour ne pas devoir chambouler toute une programmation.”
“Votre enfant ne veut absolument RIEN faire et est donc un élément nuisible pour l’ensemble de la classe qui sera tentée de ne rien faire également.” (Soit! L’autisme semble contagieux dans certains endroits du monde).
“On nous demande de retirer notre enfant du Lycée car il sera incapable d’atteindre les compétences requises.”
“Nous vous avons fait la faveur d’accepter son inscription.”
“Nous disposons d’ascenseurs”, répond un proviseur aux questions sur les dispositifs d’inclusion.
Je ne peux passer sous silence les récits de parents désemparés, recevant des appels hebdomadaires de l’infirmerie, tels que « votre enfant pleure, il serait préférable de venir le chercher », ou informés par email que, sans l’AESH, leur enfant doit rester à domicile, car il est évident que la famille doit comprendre les « difficultés de gestion collective » en son absence. Je soulignerai aussi la manière dont les Projets Personnalisés de Scolarisation (PPS) peuvent être ignorés, voire méprisés. De plus, la lenteur insupportable des MDPH à délivrer les notifications, souvent conditionnant l’accès à un accompagnement adapté, constitue un frein majeur à la scolarisation des enfants français dans nos établissements. Enfin, il est alarmant de constater que des familles françaises et d’expatriés hésitent à inscrire leurs enfants dans un EFE pour des raisons liées à un prétendu « non-conformité » des enfants aux standards de l’excellence à la française.
Quel rayonnement en matière d’inclusion à la française au sein de nos EFE ! Je n’en suis pas fière. Et vous? J’en suis révoltée pour être honnête.
Mais non, l’inclusion à la française ne rayonne pas et c’est consternant. Je ne vous épargnerai pas les conclusions du rapport de la Cour des Comptes du 16 sept. dernier sur l’inclusion scolaire des élèves en situation de handicap. Un rapport qui rappelle que l’inclusion scolaire est bien ancrée dans un cadre législatif :
“L’inclusion scolaire vise à assurer une scolarisation de qualité à tous les élèves par la prise en compte de leurs singularités et de leurs besoins éducatifs particuliers. Depuis la loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées du 11 février 2005, la scolarisation des élèves en situation de handicap dans le milieu scolaire ordinaire constitue en France un principe de droit.”
Un principe de droit qui doit être respecté.
Oui, les enfants à besoins spécifiques ont des DROITS et nous exigeons à juste titre des solutions concrètes dans chaque EFE :
• Coordination Pédagogique : Nous devons impérativement mettre en place une coordination pédagogique spécialisée et certifiée, dédiée à la validation des Projets Personnalisés de Scolarisation (PPS) pour chaque enfant au sein des EFE. Cette coordination permettra d’orienter, de suivre et d’évaluer régulièrement les progrès réalisés dans l’atteinte des objectifs fixés, assurant ainsi un accompagnement sur mesure et adapté aux besoins de chaque élève.
• Outils d’Accessibilité et de Compensation : Il est essentiel de fournir des outils d’accessibilité et de compensation dans chaque EFE. Le recours à un.e AESH ne peut en aucun cas être considéré comme une solution isolée pour l’inclusion. Les enseignants doivent être équipés de ressources pédagogiques variées et adaptées. Un exemple simple mais efficace serait la création d’une salle des ressources, dotée d’un équipement d’intégration sensorielle, permettant d’améliorer l’environnement d’apprentissage.
• Renforcement des Moyens Humains : Nous devons également renforcer la gestion des moyens humains consacrés à l’inclusion scolaire ainsi que l’attractivité des formations spécialisées. Les enseignants et les AESH ont droit à des formations de sensibilisation, ainsi qu’à des formations initiales et continues (par exemple, PECS, ABA, etc.). Cela les préparera à faire face à des situations parfois tendues. Prenons un exemple concret : lors d’un passage de la classe à la salle de sport, un enfant avec des troubles du spectre autistique (TSA) pourrait adopter un comportement contextuellement inapproprié (et on ne parle plus de “troubles du comportement”) si l’enseignant.e n’a pas été formé.e pour gérer cette transition. Des formations pratiques, telles que celles abordant la méthode CAFÉ (comportement alternatif fonctionnellement équivalent), lui permettront alors d’apprendre à garantir des comportements alternatifs adaptés et fonctionnels.
• Livret de Parcours Inclusif : Il est crucial de diffuser un Livret de Parcours Inclusif à l’ensemble des EFE, tout en prenant en compte les législations du pays d’accueil, qui, dans certains cas, sont d’une avance considérable par rapport à celles de la France. Je vous invite à voir ce que fait le Brésil par exemple.
• Délais des MDPH : Enfin, il est urgent de réduire les délais inacceptables pour le traitement des notifications par les MDPH. Ces lenteurs représentent un réel obstacle à la mise en place d’un accompagnement adéquat pour nos élèves, voire à sa propre scolarisation.
Je garde l’espoir que la mission de ce CA sera de discuter des meilleures stratégies à adopter pour rendre notre approche de l’inclusion scolaire au sein de notre Réseau plus attractive et opérationnelle. Il est de notre responsabilité collective – et celle de l’OBEP évidemment – de veiller à l’application concrète de ces dispositifs.
Je vous remercie de votre attention et compte sur votre engagement pour le respect des droits de TOUS les élèves.
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